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Choc culturel à Tana Toraja

Salut les loulous !

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Aujourd’hui on vous emmène en Indonésie sur l’île de Sulawesi. Anciennement appelée Célèbes, cette île est principalement connue pour ses plages paradisiaques au Nord, mais également pour ses ethnies. Les Toraja vivent dans une région montagneuse du Sud de l’île, à une dizaine d’heures de route de l’aéroport de Makassar.

Nous nous sommes installés pour quelques jours à Rantepao, la capitale du « Pays Toraja » ou Tana Toraja dans la langue locale. Nous avons décidé de louer des scooters et visiter en long, en large et en travers ces lieux connus pour leurs spécificités culturelles.

Après une première journée intense, nous faisons une pause dans un petit hameau. C’est alors que Markus se présente à nous. Il est Toraja et guide local indépendant. D’habitude, nous aurions coupé net la conversation, mais l’homme a l’air sympathique et inspire la confiance. Il nous propose de passer dans son bureau en ville le soir, si nous voulons assister à une cérémonie funéraire Toraja le lendemain. Il est donc possible de se mêler à une famille en deuil alors que nous sommes de parfaits étrangers et tout le monde trouvera cela normal ?

Cercueil Toraja lors d'une cérémonie funéraire

Dans son petit bureau, Markus nous explique le déroulement de la journée et distille les informations. Le coût de la prestation s’annonce dérisoire, les explications du guide sont riches et détaillées. Nous acceptons donc de le retrouver le lendemain au même endroit.

Il nous conseille de nous vêtir de noir ou de couleurs neutres par respect, et nous demande un petit extra afin d’acheter un cadeau pour la famille. Des cigarettes aux clous de girofles. Les Toraja en raffolent. Nous nous demandons encore comment ils font pour ne pas vomir. Dernier détail, et non des moindres : nous serons invités pour le repas. Markus promet une grande fête et beaucoup de buffles sacrifiés qui nourriront les nombreux invités.

Buffle sur le point d'être sacrifié lors d'une cérémonie funéraire Toraja
Nous retrouvons Markus à 6 du mat’. Après une bonne heure de scooter dans les montagnes nous arrivons dans un village. Notre guide n’avait pas menti, des centaines de personnes sont présentes. Certaines viennent avec des buffles qui vont être sacrifiés en hommage au défunt. Nous sommes les seuls étrangers, nous nous sentons vraiment petits. Que faisons-nous là ?

La fille et le fils du défunt viennent à notre rencontre, souriants, et nous souhaitent la bienvenue. Nous leur offrons le fameux cadeau, et ils nous demandent de venir nous installer car la cérémonie va commencer. Ou plutôt reprendre, car elle s’étale en général sur plusieurs jours. Nous en sommes au deuxième, sans doute le plus éprouvant puisque le plus grand sacrifice d’animaux aura lieu aujourd’hui.

Hommes âgés Toraja lors d'une cérémonie funéraire
Les invités sont rassemblés dans des gradins construits autour de la place du village. Chaque gradin est numéroté afin que les vivants soient placés en fonction de leur proximité avec le défunt. On nous apporte café, thé et biscuits et chaque interlocuteur est vraiment accueillant.

Sur la place se trouvent un caméraman et un présentateur muni d’un micro. Ce dernier sera en charge d’animer la cérémonie. Quant au caméraman, il filmera le tout afin que les futures générations puissent hériter d’un souvenir de leur aïeul, et ainsi se rappeler qu’ils appartiennent à une grande et riche famille.

Markus nous explique que plus une personne était riche et puissante de son vivant, plus on sacrifiera de buffles. Les Toraja pensent qu’ils accompagneront ainsi le mort dans l’au-delà et qu’il y occupera alors un rang important. La personne que l’on enterre aujourd’hui était un fortuné professeur d’université, et pas moins de seize buffles l’accompagneront pour son dernier voyage.

Buffle sur le point d'être sacrifié lors d'une cérémonie funéraire Toraja
Alors que le sacrifice va commencer, la tension est palpable. Nous sommes vraiment stressés. Dans notre monde occidental, confortable et aseptisé, nous ne sommes pas exposés ainsi à la mort, qu’il s’agisse d’un être humain ou d’un animal. Nous ne réfléchissons que trop rarement à l’origine du steak qui se trouve dans notre assiette. Le « spectacle » est difficilement supportable.

Le speaker décide de l’ordre dans lequel les buffles vont être égorgés, du plus excité au plus calme. Les jeunes hommes en charge sont des professionnels qui seront rémunérés avec la peau ou la viande des bovins. Nous avons l’impression d’être les témoins d’un carnage en public. Nous détournons le regard. Eprouvés, nous décidons de nous absenter du village quelques heures, le temps de nous changer les idées.

Famille Toraja lors d'une cérémonie funéraire
Nous revenons au village deux heures plus tard en compagnie d’un Markus qui se lèche déjà les babines. Nous n’avons vraiment pas faim mais nous n’y échapperons pas. La famille nous invite dans leurs gradins pour partager le repas avec eux. On nous sert un plat copieux à base de riz, d’épinards sauvages, de piments et… de foie de buffle frais ! Ce n’est pas mauvais, mais nos estomacs sont toujours retournés. Le speaker s’est mué en animateur pour la suite, alors qu’il offre à chaque gradin des pièces de viandes différentes, toujours en fonction de la proximité des gens avec le défunt.

La fille de celui-ci nous demande de prendre le cercueil en photo. Son père adorait voyager et pour elle ce serait une façon de l’emmener en Europe avec nous. La famille entière, des anciens aux enfants, échange avec nous sourires complices et quelques mots que Markus nous traduit. Nous sommes mêmes invités à aux funérailles de l’épouse du défunt, qui auront lieu l’année suivante.

Le temps pour eux d’organiser une nouvelle cérémonie et de réunir l’argent nécessaire. Ce qui veut dire qu’en attendant, le corps sera conservé dans la maison familiale. Nous n’aurons pas l’occasion de revenir, et puis nous, on aime bien les grands-mères bien vivantes et ferventes lectrices de notre blog ! Comme Mamie Simone !

Enfants d'un village Toraja lors d'une cérémonie funéraire

Malgré la différence et le choc des cultures, et en ce jour si particulier pour eux, nous avons été accueillis comme des rois par les Toraja. Rien ne les y obligeait, pas même les cigarettes offertes à notre arrivée. Il y a tant de souvenirs et de choses à dire sur ce peuple intriguant et fascinant, que nous lui consacrerons un nouvel article très bientôt.

En attendant, nous prenons congé de nos hôtes, alors que la cérémonie bat son plein. Nous voulons leur laisser l’intimité de l’instant où ils accompagneront leur proche vers sa dernière maison, alors que les cornes des buffles sacrifiés, symbole de sa richesse terrestre, seront empilées tel un totem devant celle où il résidait de son vivant.

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